| Pierre
Jean Jouve est né à Arras en 1887. Avant la première guerre mondiale,
il subit l’influence unanimiste; durant la guerre, il vit une grande
amitié avec Romain Rolland et écrit des oeuvres généreuses et
pacifistes qu’il sera amené, à partir de 1921, à considérer comme
inauthentiques et à renier. Le poète vient, en effet, de rencontrer la
psychanalyste Blanche Reverchon qui lui découvre les abîmes de
l’inconscient humain. Son oeuvre en sera définitivement marquée, car il
associe aux mystères de la psychanalyse, la révélation d’une poésie
d’essence spirituelle et chrétienne, développant désormais une forme de
mystique érotique. Il écrit alors de hauts chefsd’oeuvre, les romans
Paulina
1880, Le Monde désert,
Hécate, La Scène
capitale, et les livres
de poèmes Les Noces,
Le Paradis perdu,
Sueur de sang,
Matière céleste.
Pendant la seconde guerre mondiale, certains de ses
recueils,
comme La Vierge de Paris montrent un fort engagement contre l’Europe
nazie. Les dernières années de l’oeuvre – de Diadème à Moires–
proposent une écriture plus sereine à travers le paysage d’une « Chine
intérieure », et permettent des lectures originales de grandes oeuvres
poétiques et musicales, Tombeau
de Baudelaire, Le
Don Juan de Mozart,
Wozzeck. Pierre Jean Jouve, mort en 1976, laisse une oeuvre essentielle.
Ce premier numéro des Cahiers
Pierre Jean Jouve, intitulé Jouve,
poète européen, donne la mesure des relations du poète
avec
quelques-unes des grandes figures de l’Europe littéraire et met
l’accent sur la dimension comparatiste de son oeuvre. Il n’y est pas
question de mondanités, mais on y observe comment un poète français
forge sa propre poétique sur l’écoute et l’intégration de l’altérité
que constituent les figures différentes, et les langues diverses, ici
évoquées. Certaines des évolutions les plus modernes de la poésie
française, et les plus remarquées, étaient déjà présentes, très tôt,
dans les traductions de Jouve.
| |