Pascal Herlem
Transports de sens





    
   

    
L’intérêt du père de la psychanalyse pour les oeuvres littéraires est bien connu : Sophocle, Goethe, Schiller ou Dostoïevski ont retenu son attention. Après lui, Mélanie Klein s’est penchée sur l’Orestie, Jones sur Shakespeare, Lacan sur Sade, Julia Kristeva sur Proust…
   
    Fidèle à la tradition freudienne, Pascal Herlem, lui, a choisi Raymond Queneau.

Sa rencontre avec l’oeuvre du père de Zazie, il y a plus de vingt ans, lui a inspiré, au fil des ans et des textes, une lecture méticuleuse de quelques romans qu’il a tissée en une écriture apparentée à un exercice de style personnel, savant et sensible. Une sorte de fraternité intellectuelle liée à la fréquentation des cours de Lacan (dont Raymond Queneau suivit aussi l’enseignement) a peut-être incité Pascal Herlem à rédiger ces «Écrits sur…» . Peu importe. Ce qui apparaît en premier lieu dans Transports de sens, c’est tout simplement l’envie de partager une passion : celle du psychanalyste pour son écrivain.

    Dans ce recueil de dix textes, Pascal Herlem invite son lecteur à parcourir et souvent redécouvrir les allées de la maison quenienne. Faite de savantes créations littéraires plus ou moins apparentes et de charpentes analytiques moins immédiatement accessibles, l’architecture de l’oeuvre est ainsi remise à nu. Le travail du guide est tellement précis et détaillé qu’on en arrive même à percevoir les odeurs…

    Les lecteurs de Raymond Queneau sont conviés à relire Pierrot mon ami, Un rude hiver et Chêne et chien, textes qui ne sont peut-être pas aussi innocents qu’il y paraît. La lecture de Pascal Herlem ouvre de nouvelles portes : il impose une voix qui donne accès avec légèreté et humour à la complexité de l’écriture et qui forme « une invitation permanente à aller au-delà de l’apparence, à entrer à l’intérieur de l’oeuvre sans idée préconçue ».

    Déjà publiés dans des revues de psychanalyse ou de littérature, les articles réunis ici sont répartis en deux chapitres. Transports de sens propose d’abord une étude du travail et de la « manière littéraire » – à travers trois études monographiques, l’analyse des mots agglutinés et celle des… parfums queniens. Dans la seconde partie, Pascal Herlem aborde des questions plus générales : l’humour, le « naturel », la construction à double foyer des romans et finalement celle de la souffrance propre à Raymond Queneau, la fameuse « ontalgie ».

    L’approche avertie et perspicace de Pascal Herlem témoigne de la profonde intelligence sensible et empathique du psychanalyste pour l’écrivain. Ce recueil est avant tout le fruit de ce partage car « c’est de la douleur d’être, de l’angoisse native dont il s’agit » qui, au-delà de Raymond Queneau, est inhérente à la condition humaine, mais « sans qu’il soit possible d’en saisir autre chose que le mouvement même de la pensée, la circulation vivifiante du sens, les transports de sens »…




    Analyste membre du Quatrième Groupe, diplômé de psychopathologie clinique, Pascal Herlem a suivi les séminaires de Piera Aulagnier et de Lacan.
Membre de l’Association des Amis de Valentin Brû (Amis
de Raymond Queneau), il participe depuis de nombreuses années aux travaux de recherches sur Raymond Queneau.
    Pascal Herlem vient d’organiser (mars 2009) dans le cadre de l’OPLF (Organisation psychanalytique de langue
française-Quatrième Groupe) une Journée d’étude à Annecy : Le Psychanalyste et son écrivain autour de Rainer Maria Rilke, André du Bouchet, Hélène Cixous, Joseph Conrad et Sylvie Germain, Raymond Queneau, avec les interventions respectives des psychanalystes Maurice Rey, Olivier Paccoud, Ghyslain Lévy, Jean-Baptiste Guillaumin, Pascal Herlem et celle de l’écrivain Marianne Alphant, auteur de Petite nuit.
    Pascal Herlem a également rédigé un ouvrage intitulé
Les Chiens d’Echenoz (texte intégral précédé d’un avertissement de Jean Echenoz et Pascal Herlem, paru aux Éditions Calliopées).


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