François Naudin
Les Terreurs de Raymond Queneau
Toutes sortes de terreurs, depuis le frémissement
d'inquiétude jusqu'à l'épouvante convulsive, rampent dans les oeuvres
de Raymond Queneau. Il les masque ou les minimise derrière le comique
et une prodigieuse maîtrise de son métier.
Le présent essai
tente de traquer les terreurs qu'à souffertes l'homme et qui ont
inspiré l'artiste. De chêne et Chien, où l'écrivain récapitule son
enfance, à Morale élémentaire, où il rend compte de sa vie d'artiste,
il s'avoue hanté de craintes : mauvais sort, misère morale, deuil,
maladie ; craintes inspirées par le genre féminin ou par la souffrance
que l'homme inflige à l'homme. Il y confesse aussi redouter l'espace,
le temps, l'angoisse et ce qu'il nomme les torts de l'esprit.
L'analogie
tôt établie par Raymond Queneau entre ses initiales et le nom
d'Hercule, demi-dieu bien connu pour ses travaux, a soufflé la
comparaison de la présentation de ces terreurs, l'une après l'autre,
comme autant d'adversaires de l'artiste, qu'il a terrassés sans trêve
par son art, par son érudition et par son rire.
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«
Plus Queneau entend rire et faire rire, plus redoutables sont les
éléments que ce rire entreprend d’escamoter ». Voilà le théorème qui
conduit François Naudin à s’interroger, en prenant principalement comme
points d’appui le poème « Je crains pas ça tellment » et le texte « Une
trouille verte », mais aussi en observant plus généralement et très
précisément l’œuvre entière.
Les terreurs de Raymond Queneau est
un livre à la fois savant et personnel, parfois désespéré – forcément,
vu le sujet – mais pas toujours. Dans sa teneur et dans sa forme, il
dénote une parfaite connaissance des écrits, et même de ce que l’on
peut savoir de l’homme Queneau, de sa vie, de ses préoccupations, de
ses lectures. En même temps, il témoigne d’une relation intime, voire
secrète, avec le monde quenien.
François Naudin veut être
clair, mettant en œuvre une sorte de didactisme qui conduit le
développement. Mais il n’oublie pas le sourire, par exemple dans les
titres du genre « Le pot de fleurs et le manque de pot » ou « Notre
père qui êtes absent ». Ce qui ne l’empêche pas d’examiner, très
sérieusement, le rôle joué par la lecture dans la lutte contre la
culpabilité et, en regard, la transposition de l’anxiété dans la
création artistique, d’émettre l’idée d’une écriture comme art de la
duplicité, de la dissimulation ou de prendre position sur ce que
certains appellent les « crises mystiques » de l’auteur, en parlant
plutôt de « crises spirituelles, à la rigueur »…
Terreurs de
l’homme Queneau, terreurs de l’auteur Queneau, terreurs de ses
personnages, tout cela à la fois ? Les questions ont le mérite
d’apparaître au grand jour, montrant que rien n’est simple chez lui,
même si tout se lit avec plaisir. Il faut aller voir au fond des
choses, sans arrière pensée, sans a priori, et c’est ce que fait avec
beaucoup d’à-propos et de finesse François Naudin.
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