Claude Cavallero

Le Clézio témoin du monde





    De 1963 avec Le Procès-verbal, couronné par le prix Renaudot, à 2008 avec Ritournelle de la faim et l’attribution du prix Nobel de littérature, en passant par Désert, prix Paul Morand 1980, le parcours de J.-M.G. Le Clézio est celui d’un écrivain hors norme perçu comme un « bon sauvage des lettres » qui aurait été, malgré tout et comme par devers lui, fortement médiatisé. Sa récente nobélisation et l’accueil mitigé que lui a réservé le monde littéraire accentuent encore les contradictions inhérentes à l’image de l’écrivain. Ce parcours de près d’un demi-siècle a suscité force tentatives pour cerner l’homme et élaborer des grilles interprétatives de ses écrits.

    Claude Cavallero se prend de passion pour l’oeuvre de Le Clézio dans les années quatre-vingt : frappé par sa puissance évocatrice, par le flux poétique de Désert, il décide d’entreprendre une recherche en forme de dialogue avec les textes. De cette confrontation naissent une thèse : Le Clézio ou les marges du roman (1992), l’une des premières en France consacrées à l’écrivain, et une rencontre avec ce dernier à Nice, sa ville natale. Intitulé « Les marges et l’origine », cet échange sera publié sous forme d’entretien dans la revue Europe (janvier-février 1993) et fera date.

    Si le critique s’intéresse alors à d’autres mondes fictionnels, au courant minimaliste et, en particulier, à Philippe Delerm, il ne s’éloigne guère du propos leclézien. Le Clézio témoin du monde est le fruit de ses récentes recherches, nourries par une incessante fréquentation de l’oeuvre. Claude Cavallero esquisse ici, non pas une tentative de classification ou de définition, mais bel et bien un portrait d’ensemble : invitation à un cheminement pluriel à travers les divers paradoxes présents dans l’écriture leclézienne. Une approche biographique resitue l’orientation culturelle de Le Clézio lors de ses premières confrontations au monde littéraire. Les questions de l’écriture, la mise en perspective des enjeux de la création et l’étude de la langue et de son imaginaire révèlent la profonde singularité des récits. L’ampleur et la diversité de l’oeuvre trouvent leur écho dans l’analyse poétique des ailleurs et de l’origine, laquelle met en relief la polyphonie remarquable des voix narratives et les nombreuses thématiques lecléziennes : l’errance, la mer, le désert, l’enfance ou encore la fuite…Ainsi dévoilées, les facettes intimes de l’univers leclézien éclairent « une oeuvre exigeante dont les motifs s’interpénètrent et se répondent avec subtilité d’un livre à l’autre ». Et d’un monde à l’autre : Île Maurice, océan Indien, Nigéria, et surtout Mexique, avec leur mythologie, sont un même lieu où l’écrivain et l’anthropologue se rejoignent. D’une constante finesse interprétative, l’essai de Claude Cavallero a pour originalité de rendre étonnamment vivante cette «oeuvre mouvante, plurielle s’il en est, placée sous le signe ambivalent du déplacement, du décalage et du métissage». La démarche critique épouse la multiplicité des éléments constitutifs de son objet – un objet en constante métamorphose – pour faire émerger sa cohérence et les valeurs éthiques qui le nourrissent. Apparaît alors une mise en perspective de la situation de l’écrivain contemporain, face à une impossibilité foncière d’intervenir dans les désordres du monde autrement que par ses textes. Claude Cavallero évoque les ambiguïtés d’une telle position pour valoriser une « écriture transitive réellement capable de déchiffrer et d’exprimer la complexité des questions humaines » par laquelle J.-M.G. Le Clézio « associe son lecteur à une réappropriation idéologique et poétique du monde ».




    Président-fondateur de l’Association des lecteurs
de J.-M.G. Le Clézio, Claude Cavallero enseigne à
l’Université de Savoie à Chambéry.
Spécialiste international de
Le Clézio, il vient de
diriger le numéro spécial d’Europe consacré au prix Nobel de littérature (Le CLézio, janvier-février 2009).
Claude Cavallero a publié un entretien très remarqué avec l’auteur (réédité dans la revue Europe), ainsi que de nombreux articles sur la littérature contemporaine et en particulier la poétique leclézienne.
Ses recherches
actuelles portent sur la narratologie, les processus de la création et la comparaison entre les arts. Il participe régulièrement à des conférences internationales.





© Calliopées-2009 -callidesign